Alain COULON
Professeur de sciences de l’éducation à Paris 8
Directeur du CIES de Paris-Sorbonne
Les CIES ont été créés en
octobre 1989 et avaient pour objectif d’aider les étudiants qui
le souhaitaient à se préparer à des fonctions d’enseignant-chercheur,
par une formation (obligatoire) et par une insertion dans les universités.
Ce qui frappe tout d’abord , c’est le manque de visibilité des CIES
au sein même des universités. Même des responsables
de DEA qui ont des allocataires de recherche ne connaissent pas toujours
vraiment la structure.
Les Moniteurs, qui doivent être obligatoirement
des allocataires de recherche (ou être bénéficiaires
d’une aide à la thèse d’un montant et d’une durée
équivalents) reçoivent, dans le cadre des CIES, une formation
pédagogique de 10 jours par an sur trois ans. Dans les universités
où ils sont nommés (souvent celle où ils ont passé
leur DEA mais pas obligatoirement), les moniteurs ont à effectuer
64 Heures de TD ou 96 de TP par an (en principe en premier cycle), avec
l’aide d’un tuteur choisi parmi les enseignants-chercheurs de l’UFR où
ils sont affectés, à l’exclusion du Directeur de thèse.
En cumulant l’allocation de recherche et celle de monitorat, le moniteur
perçoit environ 7800 F net par mois. A la rentrée 1999, il
y avait 3800 allocataires de recherche et 1700 moniteurs. Un grand nombre
d’allocataires désire être moniteurs.
Il y a actuellement 14 CIES, de tailles variables, quelquefois
un par grande région (grand-ouest, Centre) mais trois en Ile-de-France
: Sorbonne, Versailles et Jussieu. L’implantation des directeurs de CIES
avec leur secrétariat pose quelquefois problème (plusieurs
Rectorats ou universités d’une même région peuvent
souhaiter “ avoir ” le siège du CIES) et le découpage des
régions serait à revoir.
Pour les moniteurs, la limite d’âge est de 25 ans,
avec possibilité de dérogation, fréquente, jusqu’à
30. Sous-jacente, il y a l’idée que les CIES doivent regrouper de
bons étudiants avec un parcours sans faute afin qu’ils deviennent,
s’ils le souhaitent, maîtres de conférences. C’est le Ministère
qui distribue les chapeaux de moniteurs. Alors qu’au début de l’existence
des CIES les postes étaient souvent attribués à des
disciplines scientifiques, il y a à présent un plus grand
équilibre entre les universités et les disciplines (on en
voit même en sciences de l’éducation !). Bien sûr, pour
avoir des allocataires, il faut avoir un DEA bien implanté localement
et maintenant avoir suffisamment de poids dans une école doctorale.
Le directeur du CIES répartit les moniteurs dans
les universités, par directions scientifiques, en veillant à
l’équilibre disciplinaire. C’est une commission locale, dans chaque
université, qui choisit les moniteurs. Les postes devraient être
attribués en fonction des besoins du recrutement du supérieur
et en fonction des départs à la retraite prévisibles
des enseignants-chercheurs qui s’annoncent très importants dans
les années à venir : 35% des Maîtres de conférences,
66% des professeurs dans les 12 prochaines années, avec un pic de
départs en 2003.
Si l’on prend les Sciences de l’éducation, la
70% section comptait en 1998, 109 professeurs dont 76% partiront d’ici
2012 et 324 MC dont 47% partiront d’ici 2012.
Cette situation pose un problème sérieux,
et les CIES constituent une source de recrutement possible qui va se développer.
Les contenus de formation des CIES :
Ils sont très divers selon les CIES, ils sont
assurés soit par des stages résidentiels de deux, trois,
quatre jours, soit par des journées de formation sur calendrier.
Ce sont soit des conférences , soit des activités de petits
groupes. Les intervenants sont des universitaires de sciences de l’éducation,
psychologie, sociologie , économie, des responsables de services
universitaires, mais aussi quelquefois, en fonction des programmes, des
comédiens.
En première année, je donnerai l'exemple
du CIES Sorbonne que je dirige. La formation se fait autour de cinq
axes, certains obligatoires, d'autres optionnels.
- Le premier axe : le fonctionnement de l'institution
universitaire ; le système universitaire en France ; l’organisation
de la recherche en France.
- Le deuxième axe : la formation au métier
d'enseignant-chercheur avec une conférence sur l'entrée à
l'université, une sur l'hétérogénéité
des publics et l’affiliation des étudiants ; une conférence
sur l'évaluation ; est-ce que le métier d’enseignant du supérieur
s'apprend ? ; repères cliniques et pédagogiques dans l’enseignement
supérieur ; production des connaissances et leur valorisation ;
les usages de l’information dans le travail intellectuel.
- Le quatrième axe : la connaissance du
public étudiant ; les repères cliniques et pédagogiques
; la production de connaissances à la valorisation par la recherche
; les usages de l’information dans le travail intellectuel.
- Le cinquième axe : l'usage pédagogique
des outils documentaire Internet et la pédagogie universitaire,
l’usage des bibliothèques.
Des ateliers, obligatoires également, sont organisés sur les pratiques pédagogiques des moniteurs, et sur les pratiques d'évaluation.
- Le quatrième axe (optionnel) : les
aides technologiques à l’enseignement : l'audiovisuel, le multimédia,
la culture de l’image, le son.
- Le cinquième axe (optionnel) : la formation
de soi et la relation aux autres : la prise de parole en public ; connaître
sa voix ; la formation par la vidéo, l'autoscopie.
En deuxième année, les mêmes modalités
de formation sont poursuivies et l'accent est mis sur les systèmes
européens, sur les technologies éducatives, sur ce qu’est
le CNU et les attentes des commissions de spécialistes.
Le fonctionnement des CIES a été évalué
à en 1998 par l’Inspection générale. Le rapport n'était
pas très favorable, mais reconnaissait que le système ne
coûte pas cher et que les stages de formation étaient organisés.
En termes de bilan, le rapport faisait ressortir que 25 % des moniteurs
sont devenus maîtres de conférences. En fait, ce nombre est
largement sous-estimé.
Une étude menée par les CIES à parir
d’enquêtes sur le devenir des moniteurs montres que 40 % des maîtres
de conférences recrutés en 1998 avaient été
moniteurs. On peut estimer actuellement que 70 % de ceux qui souhaitent
intégrer l'enseignement supérieur l'intègrent.
Ainsi le ministre a décidé de maintenir
et de renforcer les CIES.
Dans l’assemblée des directeurs de CIES, la réflexion
est actuellement menée pour former, non seulement des moniteurs,
mais aussi les jeunes maîtres de conférences et les ATER qui
ne sont pas passés par le dispositif CIES. Il s'agit donc de mettre
en place une formation continue des enseignants du supérieur, de
façon expérimentale et non réglementaire, avec des
formations ponctuelles à la carte. Sur ce principe, les présidents
des universités sont tous d'accord, y compris pour financer les
formations ; dans les faits, les projets sont très variables : certains
commencent par les outils technologiques, le courrier électronique.
Ce n’est peut-être pas si mal si cela constitue un premier pas, une
première acceptation de l’idée de formation continue.
Les sciences de l'éducation sont actuellement représentées dans les formations du CIES : Jacky Beillerot, Georges Vigarello, Elisabeth Bautier, Alain Guy, Georges-Louis Baron, Guy Berger, Marie-Françoise Fave-Bonnet m’ont aidé sur Paris ; Marguerite Altet assure des formations à Nantes, d’autres collègues peut-être ailleurs. Je crois que les sciences de l’éducation ont intérêt à s’investir dans les CIES en raison du développement que peut prendre à l’avenir la formation des enseignants du supérieur, et dans l’intérêt même de la discipline qui pourrait compléter sa visibilité scientifique dans la mesure où les CIES vont collaborer à l’avenir avec les Ecoles Doctorales.